Témoignages

« Lequel de nous apporte le plus à l’autre ? »

« Ca y’est, j’y suis ! Bienvenue en Afrique ! Je suis à l’aéroport de Dakar, le sourire aux lèvres, prête à me mettre au service des populations de brousse. Quelle richesse humaine et professionnelle à la clé !
En effet, je suis arrivée là-bas, en terre inconnue, sans avoir participé auparavant en France au développement de l’association ni à l’élaboration du séjour sur place. Il faut le souligner, tout n’était pas gagné d’avance et le combat continue.
Cela a été pour moi aussi un défi d’accepter de me laisser conduire par eux.
Je suis partie simplement avec tout mon enthousiasme, ma foi en ce projet et la conviction que quelque chose m’attendait là-bas, au niveau personnel pour chacun de nous et dans le domaine professionnel de l’exercice de notre art. Quelle belle place que la mienne de faire le lien entre le monde étudiant que je viens de quitter il y a encore très peu de temps, et le monde professionnel dans lequel j’essaie difficilement de m’insérer car il faut avoir la foi.
Ce voyage était alors tout simplement pour moi l’occasion de quitter ma routine, de vivre mes premières vacances de façon intelligente et dépaysante; d’offrir un service bénévole auprès de populations que je ne trouverais pas entre les quatre murs de mon cabinet ; d’établir un contact avec ces jeunes, leurs questions sur leur profession, l’exercice de leur art, leurs difficultés de progression au cours de leurs études, leurs inquiétudes face à leur installation future.
Mettre mes mains au service de l’être humain, son pays, sa race, sa culture, ses religions, son passé, son présent, son futur. Mettre mon corps de femme à l’écoute de la vie qui veut jaillir sans cesse quelque soient les conditions de travail, les circonstances de vie des gens rencontrés. Mettre toute mon âme à accueillir, célébrer et vibrer au rythme du partage en laissant de côté toutes les hiérarchies sociales, les faux-semblants, les peurs qui sclérosent et séparent. C’est grandir de son humanité, c’est prendre encore conscience de ses responsabilités de femme, de thérapeute, d’enseignant, de future mère de famille.
Que vous raconter de mon vécu ?
Les traductions par les instituteurs de brousse, les grigris sur les biceps, les hanches ou les genoux des patients, les parcours d’une heure en charrette tous les matins afin de rejoindre les cases de santé avec notre unique table pliante, les éventails en paille pour chasser les mouches et créer un air artificiel tout autour des copains ostéo, les tables d’école accolées les unes aux autres comme plan de travail, les repas pris assis à même le sol avec les villageois, le rituel de pose des moustiquaires autour du lit à chaque campement, la recherche d’eau minérale chaque matin pour subsister toute la journée, le goût des mangues, la lessive en fin de semaine des moins courageux, la cérémonie quotidienne des trois thés, les odeurs des poubelles, la majesté des baobabs et les couleurs chatoyantes des marchés. Cette main de frère noir serrée dans la mienne blanche.
Lequel de nous apporte le plus à l’autre ? Toi qui m’accueilles dans ton pays et me donne tout sans compter ? Moi qui te partage pour trop peu de temps ma si légère connaissance du corps humain. A ton contact je retrouve l’essentiel de ma vocation car ce n’est pas le cabinet qui fait l’ostéopathe. Quelque soit l’endroit où je me trouve ce sont mes mains et mon cœur qui font le moteur de mon art.
Merci O.S.D. »
Florence DARMEDRU,
Ostéopathe D.O.
(mission d’août 2000)


« L’ostéopathie allait-elle être bien reçue par la population sénégalaise ? »

« Notre arrivée était le 5 juillet pour la première équipe et le 16 septembre pour la deuxième : la porte qui nous permet d’exprimer notre solidarité à travers ce projet va enfin s’ouvrir. Quelle joie et quelle ignorance face à l’aventure qui nous attend.
Les conditions de travail ont nécessité une adaptation rapide pour ce pays, inconnu pour Florence, Fabrice et Pierre. En brousse, le protocole exigea en premier lieu d’avertir les chefs de village de notre présence et de nos activités. Ainsi, nous étions les bienvenus et en relative sécurité.
Afin de mieux sensibiliser la population, nous avons distribué au personnel médical et aux personnes alphabétisées des documents définissant l’ostéopathie. A partir de ce moment, l’information se diffusait d’elle-même au sein des foyers.
Nous avons travaillé dans les salles que les dispensaires pouvaient nous prêter : du cabinet du médecin adjoint à la chambre des enfants d’une infirmière. Munis d’une unique table de pratique nous traitions sur les lits à disposition et parfois à même le sol sur des nattes.
Pour nous déplacer vers nos lieux de travail nous avons utilisé tous les moyens de transport sénégalais. Le 4*4 : très confortable ; le bus rapide : pas très aéré sauf quand on voyage sur le toit ; le taxi-brousse : familial, idéal pour les petites distances ; la pirogue : décoiffe un peu ; la charrette : de loin le plus relaxant ; et enfin, nos pieds !
En concordance avec la philosophie holistique d’O.S.D., s’ajoute la réalisation d’une monographie de la région de Bambey par Pierre, spécialement affecté pour ce travail. A travers cette étude nous souhaitons comprendre la population sénégalaise pour être pleinement à son écoute et l’entendre réellement. Pierre fut accueilli par l’A.H.D.I.S.. Elle lui a mis à disposition tous les documents nécessaires pour s’informer. Il put accompagner ses équipes en mission sur le terrain, lui permettant ainsi d’observer et d’analyser le fonctionnement des villages.
L’ostéopathie allait-elle être bien reçue par la population sénégalaise ? Cette question avait sa raison d’être puisqu’en Afrique, « le toubab »(le blanc) en blouse blanche est là pour donner le médicament qui sauve. C’est une image réellement ancrée et une partie de notre lutte consista à démontrer que nous n’y correspondions pas. Malgré la foi de quelques sénégalais en notre projet, qui était indispensable à son aboutissement, il nous fallait attendre l’approbation de la population. Nous n’avons pas été déçus.
La caractéristique manuelle commune à certaines techniques de la médecine traditionnelle et le fait que l’ostéopathie ne demande pas d’argent supplémentaire pour acheter des médicaments rares et très onéreux, justifient la réaction positive des villageois. De plus, les résultats positifs ne se sont pas faits attendre et certains patients ont fait beaucoup de kilomètres pour nous trouver. Nous avons eu la joie de permettre à l’ostéopathie d’aider plusieurs centaines de personnes, mais aussi la peine d’en refuser beaucoup parce que les journées étaient trop courtes ou nos forces épuisées.
Dans le sens inverse, nos échanges ont été souvent très intenses de par le courage que le personnel médical a à travailler dans des conditions souvent inférieures au strict minimum.
Bien que ne connaissant que théoriquement l’ostéopathie, le personnel médical nous a offert sa confiance. Le déroulement de nos consultations, la création de dossiers concernant les patients, et l’enthousiasme de ces derniers à l’égard de notre thérapie ont continué à augmenter notre crédibilité. L’ostéopathie suscite déjà chez certains employés un intérêt dépassant la curiosité.
Notre retour fut le 3 août pour la première équipe et le 7 octobre pour la deuxième : certains sont épuisés mais nous sommes tous heureux car notre message a été entendu, promettant une suite tant espérée.
Virginie Deparis
Etudiante en 6° année
(missions de 1998, 2000 et 2003)


« L’expérience Sénégalaise. Une ostéopathie humanitaire ? »

« En Septembre 2003, sommes intervenus, Virginie Fages, Anthony Camps, Stéphane Descotte et moi-même, au sein de différents postes de santé par l’intermédiaire d’Ostéopathie Solidarité Développement. Je terminais alors la cinquième année de mon cursus d’ostéopathe et n’appréhendais la réalité de mon métier qu’à travers quelques interventions en milieu sportif ainsi qu’en cabinet. L’estime que je portais pour notre profession et, sans doute de manière quelque peu puérile, la volonté de confronter mes qualités de thérapeute à un contexte nettement en marge de ce que je connaissais jusqu’alors, ont été, je crois, les principaux moteurs de ma volonté de partir.

Ainsi sommes-nous arrivés, après deux jours passés à Dakar, sur les postes de Passy, Soum et Thiaré.
Les difficultés rencontrées ne le furent pas toujours sur les plans les plus attendus. A commencer par une nécessaire phase d’« acclimatation » où le climat n’est bien qu’un moindre soucis en regard de l’adaptation à un rythme et des habitudes de vie pour le moins différentes des notres, la position du « toubab » par rapport à la population et surtout la confrontation à une misère qui n’est connue chez nous qu’à travers des images très aseptisées et de multiples reportages à l’objectivité parfois douteuse.
Sur le plan ostéopathique, nos séances furent parfois rendues difficiles par des problèmes de communication. Trois mots de vocabulaire sont un peu insuffisants pour établir une anamnèse correcte, et la présence d’interprètes est plus que nécessaire. Fort heureusement, ces derniers étaient presque toujours disponibles. De plus, une bonne partie de la population parle couramment le Français, confort dont nous n’avons pas su donner le retour en apprenant le Wolof en moins de trois semaines, malgré les efforts (les notres et surtout ceux de nos amis)…
A titre personnel, je me souviens également avoir été parfois décontenancé par la rigidité de nombreuses femmes venues se faire traiter, rendant tout travail presque impossible. Cela renvoie bien sûr à la condition de la gente féminine où, bien que le Sénégal soit TRES LOIN d’être le pire des pays à ce niveau, la femme et notamment son corps ne sont pas exactement portés au pinacle du respect et de la bienveillance. Il est néanmoins à noter que cette tendance semble s’effacer chez une part plus jeune de la population.

De bonnes bases en sémiologie sont loin d’être superflues. Les pathologies rencontrées furent très diverses tant sur le plan étiologique que sur une échelle de gravité des tableaux cliniques, pouvant aller du « simple » lumbago jusqu’à des pathologies au pronostic beaucoup plus réservé… En passant par les omniprésentes crises de paludisme, qui animent le quotidien des postes de santé de manière parfois tragique.

Les points positifs de notre expérience sont nombreux. Vient en premier lieu tout ce que nous avons pu partager sur le plan humain. Entre nous bien sûr (quatre est d’ailleurs un bon chiffre : à moins les inévitables tensions auraient été ingérables, à plus il aurait convenu de faire plusieurs groupes), mais surtout avec les sénégalais dont nous avons partagé la vie. Sans abus de langage, nous avons été reçus comme des rois. Nous avons trouvé là-bas un sens social hors du commun et une notion d’entraide et de partage dont nous aurions sans doute beaucoup à apprendre (on peut d’ailleurs parfois se demander si le degré d’égoïsme et de mesquinerie ne grandit pas de concert avec notre « pouvoir » de consommation, fermons là la parenthèse).
Notre intervention a également trouvé un grand intérêt dans la maternité du poste de santé de Passy. Les mères accouchent dans des conditions qui ne permettent pas le moindre « incident de parcours », les césariennes sont nombreuses, le paludisme provoque des contractions et des naissances prématurées…
Le bagage thérapeutique ostéopathique permet souvent de changer la donne pour nombre de ces nouveau-nés et leur offre de partir sur de meilleures bases (et j’entends bien là faire la différence entre un futur handicapé et un enfant en pleine possession de ses moyens).

De l’intérêt de notre travail sur place : je crois avoir acquis suffisamment de recul pour en conclure que cette question s’élimine d’elle-même. Je vous assure que les sénégalais que nous avons rencontré ne se la posaient même pas. Que vaut cette question quand la vie d’un enfant ne tient qu’au prix de la poche de sérum physiologique qui manquait pour le perfuser ? Y a t’il une telle gradation dans l’aide que l’on peut apporter face à des gens vivant avec des problèmes aussi…concrets ? Doit-on à ce point parler de « rentabilité humanitaire » ?
Arrive un moment où la dignité même impose d’arrêter de se demander « pourquoi », mais de se demander « comment ». Si l’on se sent de faire, on fait. C’est tout.
Je pense tout aussi important de ne pas penser que nous allons plus ou moins bien pouvoir sauver la planète, que de ne pas considérer l’ostéopathie comme une simple médecine de confort. Je puis vous assurer que pour le paysan qui ne peut plus cultiver sa terre parcequ’il a trop mal au dos, la notion de confort est largement dépassée.

Pour ma part et pour conclure, je n’aimais que le froid, la neige, le calme, le silence… Il n’y a pas de mot pour tout ce que j’ai appris là-bas. Je souhaite que cette initiative perdure et s’amplifie, pour le bien de tous et de l’ostéopathie.
Longue vie à O.S.D. ! »

Grégoire BOUVRET,
Ostéopathe D.O. M.O.S.D (!)
(mission de septembre 2003)

« L’ostéopathie comme voie de soulagement pour le Sénégal … »

« Je voulais tout d’abord remercier l’association OSD pour son aide, sa logistique et nous avoir permis de travailler dans un pays comme le Sénégal. L’expérience que nous avons vécue fut très riche au niveau de mon apprentissage de l’ostéopathie mais aussi et surtout par la découverte d’une population et d’une culture favorisant les contacts humains et ceci avec une simplicité et une convivialité hors du commun. Aider une population à avoir une meilleure qualité de vie a travers un corps mieux équilibré tel était le but de notre mission. Je crois que nous avons réussi et avons fait de notre mieux à notre échelle.
Avec une équipe soudée et de petits moyens on est capable de faire beaucoup ! Cette expérience inoubliable m’a démontré que l’ostéopathie pouvait être une médecine généreuse, comme elle l’était à ses débuts.
Je ne sais pas pour qui j’écris ces quelques lignes mais si c’est pour des personnes qui hésitent, alors n’hésitez plus, partez !!! Se rendre utile, donner un but honorable à une partie de sa vie reste quelque chose d’extraordinaire.
A vous ostéopathes, étudiants ou simplement citoyens du monde, donnez un petit peu de votre temps ou de vos moyens pour que l’ostéopathie soit une voie de soulagement pour le Sénégal. »

Anthony CAMPS,
étudiant en 5° année
(mission de septembre 2003)

« Ostéopathie et échange culturel… »

«Comment résumer en quelques lignes une expérience si riche en humanité ? Comment expliquer avec des mots ce sentiment d’être partie pour donner à l’autre et de rentrer en ayant reçu tellement, que l’on en vient à se demander qui aide qui dans son chemin de vie ? Ce doit être cela que l’on appelle l’échange culturel…
Ce que je retiens de cette fabuleuse expérience ? Les rires de tous ces enfants criant « toubab » (blancs) à notre arrivée dans les villages de brousse, l’accueil si chaleureux de l’infirmier Diallo de Passy, les bons petits plats de ses femmes attentionnées, le réveil au milieu de la nuit par les démangeaisons des piqûres de moustiques, la chance d’avoir été encadrée par des aînés dans la pratique quotidienne de l’ostéopathie, la foi et la tolérance qui unissent ce peuple au quotidien, les longues soirées d’échange sur nos cultures respectives, la visite de l’école de Passy avec tous ces enfants si appliqués et disciplinés, les superbes paysages traversés en charrette, les fous rires quotidiens au sein de l’équipe, le matelas de 140*190cm partagé à 4, l’eau qu’il fallait aller chercher tous les matins au puits, bref toutes ces choses qui nous ont tant fait sourire au quotidien…
Mais malheureusement je ne suis pas prête d’oublier non plus les conditions sanitaires déplorables, cette mère hurlant de douleur en voyant son fils de 4 ans mourir de déshydratation sous nos yeux impuissants, cette petite prématurée d’1 kg née d’une maman en crise de paludisme, l’ambulance qui met 4 heures pour arriver sur une urgence, toutes ces femmes si endurcies par un droit d’expression encore trop limité, ces émotions refoulées que l’on ressentait si fort lors des consultations, bref, toutes ces choses qui nous ont fait tant réfléchir au quotidien…

Et c’est la somme de ces vécus qui me pousse à vouloir retourner au pays de la « Terranga » (terre d’accueil), à me démener, non pas pour essayer de changer les choses difficiles, ce serait beaucoup trop prétentieux et illusoire de ma part, mais pour tenter d’apporter, à mon échelle, un peu de réconfort à ceux qui souffrent, un peu de soutien à ces infirmiers qui ne savent plus depuis de nombreuses années ce que le mot « repos » signifie, un peu de matériel pour équiper les centres de santé, une main tendue à nos frères du Sud que l’on sent si oubliés par nos sociétés occidentales où consommation et confort matériel sont les maîtres mots…peut être est-ce là le secret de leurs cœurs si grand ouverts ?
Voilà ce que je peux partager de ce voyage, sans oublier de remercier O.S.D. et spécifiquement Franck sans qui rien de tout cela n’aurait été possible. »


Virginie FAGES,
étudiante en 5° année
(missions de septembre 2003 et 2004)